Podcast: La Narration Collective et ses Pouvoirs, avec Charles-Louis de Maere

Podcast: La Narration Collective et ses Pouvoirs, avec Charles-Louis de Maere

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Bienvenue dans ce nouvel épisode du podcast « Pyxis – Le Podcast ». Enregistrée lors de la Journée Agile du 02 juin 2023, cette capsule vous emmène à la rencontre de Charles-Louis de Maere. Au micro de l’émission, il partage son expertise sur le thème « Le storytelling coopératif ou comment créer l’espace pour le but commun ». Au cœur de cette discussion, nous explorerons les mystères de la narration collective et ses applications dans le monde professionnel.

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Charles-Louis de Maere est un expert en facilitation et animation d’ateliers, passionné par la communication et les récits collectifs. Il nous révèle comment cette technique puissante renforce la communication et favorise une meilleure compréhension au sein des équipes et des entreprises. Vous découvrirez comment la narration collective peut stimuler l’innovation et contribuer à forger une culture d’entreprise solide.

Lors de cet épisode, nous aborderons diverses situations, notamment l’onboarding, où l’approche de la narration collective peut jouer un rôle décisif pour améliorer la compréhension des besoins métier et de l’expérience utilisateur.

Charles-Louis de Maere partage des conseils pratiques pour mettre en place une narration collective réussie, notamment l’importance de la confiance, de consignes claires et du choix des binômes. Vous comprendrez également comment son travail évolue au fil du temps et comment de plus en plus d’entreprises reconnaissent l’importance cruciale de ces compétences.

Nous vous invitons à écouter, apprendre et participer à la narration collective avec Charles-Louis de Maere. Ne manquez pas cette opportunité d’améliorer la communication au sein de votre équipe et de découvrir les avantages de la narration collective dans le monde des affaires.

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Séquençage du podcast:

  • [00:00:18] Introduction et présentation de Charles-Louis de Maere
  • [00:01:15] De quel type de narration parlons-nous ?
  • [00:02:45] Le graphisme comme outil narratif, un petit mot aussi sur Bikablo
  • [00:03:45] Le parcours professionnel
  • [00:05:23] Pour les entreprises, quelle est l’opportunité ?
  • [00:07:23] Culture du feedback et valeurs en entreprise
  • [00:08:49] Interventions auprès d’ONG
  • [00:09:55] Les bonnes pratiques de la narration collective ?
  • [00:11:17] Quelles sont les clés qui favorisent ce démarrage de la narration collective ?
  • [00:12:15] Un exemple concret ?
  • [00:12:54] Les principaux freins
  • [00:13:25] Perceptions des DRH
  • [00:14:33] Au niveau de la direction, stratégie d’entreprise
  • [00:15:39] D’autres freins existent ?
  • [00:17:28] Compétence spécifique pour être à même d’être un bon orateur
  • [00:17:59] Public cible
  • [00:18:15] Les évolutions futures
  • [00:19:42] Site internet et contact
  • [00:19:59] Clôture du podcast

Transcription du podcast:

Michel Godart: [00:00:18] Bienvenue pour un nouvel épisode « Pyxis – Le podcast ». Nous sommes le 2 juin 2023 à la Journée Agile, à Charleroi, puis on va parler de mon invité aujourd’hui qui est Charles-Louis de Maere, bonjour, (Charles-Louis de Maere: Bonjour) la première question que j’ai pour toi, c’est d’abord de te présenter!

Charles-Louis de Maere: [00:00:32] Comment me présenter? En fait, je suis un belge, je ne sais pas si c’est pure souche, mais je suis un francophone qui a grandi en Flandre dans le côté de la Flandre, pour ceux qui connaissent, on parle le Ouest-flamand donc on dit Bruges mais on ne prononce pas les « G », on dit « Bruees ». Mais donc depuis tout petit en fait, j’ai eu un brassage de cultures qui s’est passé à la maison. Et puis, après ma rhéto, j’ai fait une année supplémentaire en Bavière où là j’ai appris l’allemand. Et donc ce qui est vraiment intéressant c’est de voir comment, au-delà de l’apprentissage de la langue, mais c’est comment parfois certaines choses, on a l’impression d’être les mêmes mais en fait il y a des petites différences qu’on ne peut pas noter comme ça quand on arrive dans les entreprises… Et donc là je fais le gros raccourci, quand on arrive dans les entreprises, on se rend parfois compte aussi qu’il y a certaines habitudes qui sont dans telle et telle organisation, mais qui ne sont pas écrites noir sur blanc, mais que les gens font parce que c’est comme ça qu’on fait ici.

Michel Godart: [00:01:15] Alors c’est marrant qu’on parle de langue puisque le sujet de ton intervention c’est la narration mais pas la narration n’importe comment, tu peux nous expliquer quel type de narration dont on parle?

Charles-Louis de Maere: [00:01:25] Alors je sais que c’est toujours à la mode d’utiliser le terme anglais et ce que je constate c’est que le storytelling, ou en tout cas la narration, elle est souvent focalisée sur la personne qui va parler, les fameux « speaker », je suis « speaker » à telle conférence, ce que je trouve d’ailleurs un terme assez rigolo parce que finalement, les gens qui parlent à une conférence, j’espère qu’il n’y a pas que les speakers qui parlent (Michel Godart: Sinon c’est triste) hein? Sinon c’est un peu triste mais bon voilà, ça c’est un aparté!

Michel Godart: [00:01:45] C’est mieux un échange.

Charles-Louis de Maere: [00:01:46] Voilà, c’est mieux un échange. Et en fait la narration collective, c’est vraiment ça, c’est comment coconstruire une histoire en faisant contribuer tout le monde en fait.

Michel Godart: [00:01:55] Et dans les deux il y a « Co » hein: contribuer et co-construction.

Charles-Louis de Maere: [00:01:58] Et je préfère ces « Co » là à la collaboration qui a parfois un effet un peu… Une collaboration, c’est toujours à un certain prix, tandis que la cocréation, la co-construction, la coopération (Michel Godart: Joli), on est tous au même niveau en fait, on s’engage tous de la même façon. Comme quoi les mots ont une importance. Et donc quand on va commencer à faire la narration collective ou du storytelling collectif, en fait on va utiliser les contributions de chacun, par exemple pour le démarrage d’un nouveau projet, par exemple pour l’intégration d’un nouveau membre dans une équipe. On utilise déjà un logiciel, on a déjà certaines pratiques depuis un certain temps, eh bien plutôt que d’envoyer ce nouveau venu ou cette nouvelle venue à lire des piles de documents pendant trois mois, on pourrait l’inviter dans un atelier de narration collective et où en 1 h, 2 h, elle aura déjà fait le tour des principales choses à savoir.

Michel Godart: [00:02:45] Non seulement tu t’intéresses à la narration, à l’étymologie des mots pour bien faire une belle narration (Charles-Louis de Maere: Oui), mais aussi dans le graphisme, parce que le graphisme est aussi un moyen narratif, c’est juste?

Charles-Louis de Maere: [00:02:53] J’adore la facilitation graphique et je l’enseigne, donc je suis formateur pour l’académie Bikablo. C’est quelque chose qui nous vient de Cologne, en Allemagne. Et Bikablo beaucoup de gens ne savent pas le prononcer, ne savent pas comment le dire, mais en fait il faut savoir que ça vient d’un mot allemand et en allemand on peut coller des mots ensemble et ça fait un nouveau mot. Et en fait, quand ils ont démarré la facilitation graphique, l’idée c’était de représenter ce qui se passait dans les organisations en faisant des dessins simples, histoire que tout le monde puisse contribuer, c’était ça l’intention. Puis ils ont sorti un dictionnaire visuel avec un pavé avec des pages cartonnées, et sur chaque page il y avait quatre ou cinq pictos. En allemand, pour les images on dit « bilder »; le papier cartonné, on dit « karton » et puis comme c’était un pavé avec pas mal de pages, ils appellent ça block: builder karton block c’est un nouveau mot. Et ils se sont dit ça marchera très bien en Autriche, en Allemagne et peut être en Suisse alémanique et donc ils ont dit « Bikablo » pour builder carton block.

Michel Godart: [00:03:45] Du scout à l’informaticien, à la narration, au graphisme, pour moi j’y vois une cohérence (Charles-Louis de Maere: Oui), j’y vois une logique. Mais comment tu en es arrivé à faire le métier que tu fais aujourd’hui?

Charles-Louis de Maere: [00:03:53] Je pourrais dire par hasard, mais je ne sais pas si c’est par hasard et si on se rappelle la conférence de Thomas ce matin (Michel Godart: Oui) qui parlait des rêves (Michel Godart: Qui parlait des rêves, ouais) et de tout ça. Alors je ne pense pas que j’étais conscient que j’étais en train de travailler à mes rêves, mais l’idée c’était que, effectivement j’ai démarré dans l’informatique, quoiqu’à mes parents j’ai dit à quinze, seize, ans que je voulais faire la psycho, mais ils m’ont dit « Écoute t’es bon en maths, t’aimes les ordinateurs, vas quand même… – Je crois qu’ils ne l’ont pas dit comme ça mais – va faire un vrai métier, va faire ingénieur civil ou un truc comme ça » (Michel Godart: Rires), enfin voilà. L’université étant ce qu’elle est, en fait je me suis rendu compte que ça ne m’intéressait pas tellement. Puis après quelques années de tentatives, et puis d’échecs et puis voilà, j’ai fait ce qu’on appelait à l’époque encore un graduat (Michel Godart: L’échec c’est le début de la réussite!), ouais. C’est ça qui m’a permis en fait de m’orienter vers une formation de type cours en informatique, donc trois ans. Et puis j’ai démarré à écrire des scripts en Perl ou à m’occuper de migrations de bases de données Oracle sur des systèmes Unix, à La Hulpe chez Swift. Puis quelques années plus tard, je me suis occupé du développement des mêmes logiciels que je maintenais avant. Puis je me suis rendu compte en fait que tout ce qui est problème technique en fait, c’est hyper simple à régler quand on connaît.

Michel Godart: [00:04:59] Oui, et quand on communique.

Charles-Louis de Maere: [00:05:00] C’est là où je voulais en venir en fait parce que: communiquer c’est bien, mais comment?

Michel Godart: [00:05:03] Oui, c’est ça.

Charles-Louis de Maere: [00:05:04] Et quand on met des humains ensemble, c’est là que ça devient intéressant. Parce qu’il n’y a pas un mode d’emploi, il n’y a pas un manuel de débogage pour que les gens travaillent bien ensemble. Et c’est là que ça devient passionnant en fait.

Michel Godart: [00:05:14] Il faut les mots, la passion et l’attirance vers l’autre, et la capacité d’écouter et de parler, et c’est les deux canaux de communication émetteur-récepteur qui doivent fonctionner ensemble

Charles-Louis de Maere: [00:05:21] Oui, oui, oui. Et c’est ce qui m’a amené dans l’agilité.

Michel Godart: [00:05:23] Ah voilà, tu réponds à ma question là. Pour les entreprises, c’est quoi l’opportunité finalement?

Charles-Louis de Maere: [00:05:28] Je prends l’exemple d’une nouvelle personne qui rejoint une équipe. L’équipe travaille depuis dix ans sur un logiciel, donc ils connaissent, ils connaissent l’environnement, ils connaissent tout ça. La narration collective en fait, ce qui va se passer c’est qu’on va se mettre par petits groupes. Donc on se met en binôme par exemple, chacun partage comment il ou elle contribue au succès du projet, premier round. Deuxième round on mélange les binômes et puis donc même la nouvelle recrue se retrouve avec quelqu’un d’autre. Et puis là, ce qui est intéressant, c’est qu’elle ne va pas répéter ce qu’elle a dit à l’autre personne mais elle va le dire « J’étais avec quelqu’un qui m’a dit que la façon dont elle contribue au succès du projet, c’est ça ». Troisième tour: « J’étais avec quelqu’un qui m’a dit qu’elle avait rencontré quelqu’un, qui m’a dit que la façon dont elle… ». Et du coup c’est comme ça que même cette nouvelle recrue, en quelque temps, elle leur a même transmis des compétences et des connaissances qu’elle n’a pas encore. Mais ça lui permettra beaucoup mieux et beaucoup plus vite d’être intégrée dans l’équipe. Donc il y a un côté connaissance, mais de l’autre côté « connexion » et je repasse de nouveau avec des mots qui commencent par « co » mais…

Michel Godart: [00:06:23] Mais c’est inévitable hein? (Charles-Louis de Maere: Voilà), en t’écoutant, je me dis, mais c’est aussi un excellent exercice et une très belle opportunité parce que: souvent ce qu’on reproche aux gens qui sont dans l’IT, la tête dans le guidon en train de programmer et de faire du code (Charles-Louis de Maere: Oui), c’est qu’ils n’ont peut-être pas, par manque de cet exercice justement, une bonne capacité d’écoute et de compréhension correcte de ce que le business veut (Charles-Louis de Maere: Voilà), de ce que l’utilisateur veut, le UX design tu vois? (Charles-Louis de Maere: Tout à fait) L’expérience utilisateur (Charles-Louis de Maere:  Mais oui), là on a une opportunité d’échange.

Charles-Louis de Maere: [00:06:47] Et donc tu vois c’est ça que je trouve génial, c’est qu’une fois qu’on commence à voir la richesse, moi je t’ai montré l’exemple du nouvel arrivant dans l’équipe, tu rebondis et tu donnes une autre opportunité d’utilisation. Et là on ne parle que du monde de l’entreprise (Michel Godart: Ouais, clairement) alors imagine maintenant deux ou trois sociétés (Michel Godart: Un peu de créativité là-dedans) qui vont collaborer sur un projet. Comment est-ce qu’on voit notre implication là-dedans? (Michel Godart: Ouais, clairement) Hop, on fait un atelier, ça permet très rapidement d’aller à l’essentiel après quelques tours en fait, ce qui est hyper intéressant aussi, c’est parfois on récupère son histoire qui a été transmise par quelqu’un d’autre. Donc « Tiens, ce que la personne me dit c’est ce que j’ai dit, tiens, comment est-ce que ça a changé, ou pas? »

Michel Godart: [00:07:23] Et on va faire très vite un lien avec du sens et la culture d’entreprise parce que dans l’émetteur et le récepteur, il y a une culture du feedback, (Charles-Louis de Maere: Oui) on doit donner du feedback (Charles-Louis de Maere: Oui), parce que: ce que tu me dis peut me convenir mais aussi ne pas me convenir du tout, et il va falloir que j’apprenne à le communiquer. Comment est-ce que je le gère? Et bien là on va toucher, « To the point », l’ADN de l’entreprise, et la culture d’entreprise (Charles-Louis de Maere: Oui), et les valeurs d’entreprise (Charles-Louis de Maere: Oui).

Charles-Louis de Maere: [00:07:44] Je dirais peut-être même plus, pour ne pas citer les Dupont, mais en fait, la façon dont la narration va se passer, ça va être cohérent à la culture d’entreprise. Mais à un certain moment, tu vas me rapporter une histoire que tu as entendue via, via, tu vas me la rapporter, ça pourrait me convenir ou pas, me convenir, mais en fait ce n’est pas ton histoire. Du coup, il n’y a même pas de place pour « Je ne suis pas d’accord avec ce que tu me dis » parce que « Hey, c’est pas moi ».

Michel Godart: [00:08:10] Oui, c’est un peu se décharger de la responsabilité de l’écoute!

Charles-Louis de Maere: [00:08:13] Oui et non. Parce que l’écoute est cruciale, parce que je sais qu’après je vais devoir le transmettre. Mais ce qui est intéressant, c’est qu’après plusieurs tours, après plusieurs amalgames, en fait on se rend compte qu’on construit une histoire collective. Et en fait, cette culture d’entreprise, elle est dans l’histoire qu’on va raconter.

Michel Godart: [00:08:29] Mais il faut qu’elle soit cohérente en termes, encore une fois, des valeurs qui sont derrière et de la culture derrière. Parce que (Charles-Louis de Maere:Oui), entre la valeur annoncée et la réalité, il y a un gap.

Charles-Louis de Maere: [00:08:36] Et c’est là que, quand je dis que la culture elle se retrouvera dans l’histoire, la culture qu’on aura là, dans l’histoire collective, c’est la réelle.

Michel Godart: [00:08:43] Et ce sera le miroir!

Charles-Louis de Maere: [00:08:44] Ce sera tout à fait le miroir. C’est là qu’on pourra faire la comparaison entre les valeurs affichées (Michel Godart: Oh joli, joli) et ce qu’on vit au quotidien.

Michel Godart: [00:08:49] Alors je te laisse continuer. Pour les opportunités, tu en vois d’autres?

Charles-Louis de Maere: [00:08:52] Ah mais il y en a énormément. Et ça pourrait même commencer avec un côté narration collective sur le « Tiens mais comment ça va aujourd’hui? » Et puis si tu sens que tout le monde est au bord du burnout, après trois ou quatre ans tu l’as vite compris hein? (Michel Godart: Oui, clairement) Ok, qu’est-ce qu’on peut faire de ça? Après, on a aussi utilisé ça parce que, maintenant ça fait deux ans environ que je travaille avec des ONG, en distanciel, en Asie du Sud-est, sur les techniques d’animation et de facilitation. Une des ONG avec lesquelles j’ai travaillé, c’est un groupe de féministes aux Philippines. En fait, c’est toutes des femmes pour qui le rôle de la femme dans la société doit être plus mis en avant. Il y a aussi la question du genre, la question de tout ce qui est l’éducation autour de tout ce qui est sexualité et tout ça parce que le nombre de filles mères qu’il y a là-bas, enfin c’est incroyable. Le sida et tout, donc on parle de sujets qui touchent l’humain et qui sont très tabou chez nous aussi, mais là-bas encore plus, surtout dans des sociétés très patriarcales où parfois dans les villages, le chef du village, il a tout à dire. Mais en utilisant ces techniques de narration collective, des personnes en binôme peuvent partager des choses assez profondes. Et puis en fait, après un ou deux tours, ça ne leur appartient plus et puis l’histoire (Michel Godart: Fait ses fruits), oui, et je vois les étoiles dans les yeux quand je te dis ça…

Michel Godart: [00:09:55] T’es en plein dans mes passions personnelles aussi donc je… On fera une discussion off pour pas lasser les auditeurs mais: je suis dans la passion, dans l’humanitaire, dans le don de soi, dans l’entraide, enfin je suis en plein dans ces valeurs, donc oui ça me parle énormément. On va revenir à notre sujet, avant de parler de l’initiation et des clés, c’est quoi les bonnes pratiques quand tu commences à installer cette narration collective? Comment est-ce qu’on la met en place? Comment est-ce qu’on, pratiquement, on fait tu vois? (Charles-Louis de Maere: J’adore) parce que c’est interpellant (Charles-Louis de Maere: En fait) c’est quoi la bonne méthode?

Charles-Louis de Maere: [00:10:21] J’en parle pas, je fais. On me demande de venir pour un atelier, pour travailler sur telle ou telle situation (Michel Godart: Ouais), tel ou tel contexte, tel ou tel problème. Ben ok génial, en ouverture de l’atelier, c’est une demi-journée ou c’est une journée l’atelier, j’en sais rien, c’est même 3 h, ça peut être 2 h (Michel Godart: Ouais). Ben. je dis « Ok plutôt que de faire un check -in où chacun nous donne son animal favori… »

Michel Godart: [00:10:37] Mais il n’y a pas de préliminaires? Parce que, je te pousse un petit peu, c’est volontaire mais t’as des gens qui sont introvertis, tu as des gens extravertis (Charles-Louis de Maere: Oui), l’humain c’est complexe!

Charles-Louis de Maere: [00:10:45] Oui, l’humain, c’est complexe. Maintenant, le cadre dans lequel ça se passe, c’est toujours des binômes. Donc toi et moi, on est en binôme, on ne se connaît pas, on ne s’est jamais vu, on est peut-être très inconfortable, mais en même temps il y a une consigne: « Expliquez c’est quoi votre rôle dans l’équipe? ». La consigne est suffisamment claire, ou vague, pour qu’on puisse en faire ce qu’on veut. Puis comme on est en binôme, ça marche hyper bien en distanciel aussi. Soit on reste cinq minutes en silence, mais à un certain moment, même si on est tous les deux très introvertis et qu’on a une consigne, on va peut-être quand même devoir l’ouvrir (Michel Godart: Ouvrir la bouche) un peu.

Michel Godart: [00:11:17] C’est ça. Donc voilà, on contourne cette problématique par ce fameux binôme, ça c’est important d’insister. Quelles sont les clés, finalement, qui favorisent ce démarrage de la narration collective?

Charles-Louis de Maere: [00:11:26] Ben en fait je dirais: c’est la confiance, en tout cas, les clés c’est que le facilitateur, ou la facilitatrice, ait confiance.

Michel Godart: [00:11:34] Ouais, donc la notion de confiance, on va encore une fois toucher aux valeurs de l’entreprise (Charles-Louis de Maere: Oui) et l’ADN de l’entreprise, c’est vraiment primordial.

Charles-Louis de Maere: [00:11:38] Parce que les participants, quelque part ils n’auront pas le choix. Enfin, je le dis en pleine bienveillance parce qu’ils seront en binôme autour d’un thème et ils savent qu’ils vont devoir…. Alors, je suis peut-être un peu contradictoire de dire ça maintenant, mais une autre clé c’est que je ne révèle pas l’intention de départ au début. Donc je dis « Tiens, voilà, discutez juste avec votre voisin autour de ce sujet-là ». Et donc, ça c’est un truc que j’ai appris de Tyagi, SiversaLam Thiagarajan pour le dire correctement, un expert en facilitation, c’est donner une instruction à la fois. Et donc à la base, les gens ne se doutent pas qu’ils vont devoir transmettre l’info (Michel Godart: Ouais, pas mal). Et donc pour le mettre en place, l’idée c’est vraiment de le faire le plus simplement possible, n’en parlez pas.

Michel Godart: [00:12:15] Tu as un exemple concret à donner aux auditeurs qui nous écoutent?

Charles-Louis de Maere: [00:12:18] Oui, j’ai un exemple que j’ai eu il y a quelques mois où une boîte m’avait demandé de faire tout un atelier d’une journée sur la stratégie et tout ça. Et puis j’ai dit ben voilà, je propose qu’on fasse un petit moment de connaissance plutôt que de faire un tour de table. On va discuter en binôme et puis parler un petit peu de, comme j’ai dit, votre contribution à l’équipe. Et puis il y en a trois qui ont dit « Mais enfin, mais on se connaît déjà », je dis « Ouais ok, ben c’est très bien, ça ira vite alors ». Et du coup on l’a fait: premier round, puis deuxième round on mélange, on transmet l’histoire, et puis en fait on a fait trois tours et ils ont, en fait ils ont dit « Mais c’était hyper puissant, j’ai appris des tas de trucs », alors moi j’ai rien dit hein? J’ai dit « Ah ben voilà, très bien » et puis voilà.

Michel Godart: [00:12:54] Les principaux freins que tu rencontres, c’est quoi?

Charles-Louis de Maere: [00:12:56] Pour moi c’est lié à ma posture en tant que facilitateur où quand quelqu’un me contacte, c’est, je dis « Voilà, vous me demandez de venir pour intervenir sur un sujet, mon expertise, ma valeur ajoutée, ma valeur apportée, c’est autour de la facilitation et l’animation d’ateliers donc », et ça rejoint un peu ce que je disais tout à l’heure, « Je ne vais pas vous dévoiler ce que j’ai prévu, je ne vais pas vous dévoiler l’agenda. Oui, dans les grandes lignes, mais je ne vais pas vous dire à telle heure on fait tel exercice, à telle heure on va faire tel exercice ». Ça, c’est hyper important, en tant que facilitateur, d’être catégorique là-dessus, parce que…

Michel Godart: [00:13:25] Ils peuvent écouter ce message les DRH? Ça passe?

Charles-Louis de Maere: [00:13:28] Ben à un certain moment. En fait, ce qu’il y a c’est que, alors, je ne sais pas comment répondre à cette question parce que les gens m’appellent souvent, parce qu’ils ont entendu parler de moi.

Michel Godart: [00:13:35] Oui, donc il y a une prise de confiance directe (Charles-Louis de Maere: Voilà) qui facilite l’écoute de ce que tu es en train de dire (Charles-Louis de Maere: Oui).

Charles-Louis de Maere: [00:13:39] Dernièrement d’ailleurs, j’avais un call avec des personnes qui voudraient retravailler avec moi, j’avais travaillé quelques mois avec eux, sauf que là j’ai vu des personnes tout à fait différentes. Donc il y avait une personne avec qui j’avais travaillé, toutes les autres c’étaient des différentes, et il y avait des personnes des RH. Et en fait, la personne pour qui j’avais travaillé à l’époque a précisé le contexte en disant « Ne vous attendez pas à ce que Charles-Louis vous fasse un cahier de charges complet avec tout ce qui va se passer du jour un au jour dix, parce que, lui, il va adapter les ateliers, il va adapter le contenu face à nos besoins ». Donc là, on passe plus dans le côté facilitation, la posture de la facilitatrice ou du facilitateur (Michel Godart: Ça ouvre la vaste gamme du possible, c’est énorme), oui. Parce que nous on a nos compétences, on a la narration collective, parce que finalement quand on regarde, pour ceux qui connaissent les « Liberating structures », c’est le même principe aussi, on fait parler les gens entre eux. Et pour moi c’est vraiment ça dont les entreprises ont besoin, on parle de silos, on veut briser les silos, ben faites parler les gens entre eux!

Michel Godart: [00:14:33] On est plus « que » au niveau agile, on est au niveau stratégie, CEO, direction de l’entreprise là (Charles-Louis de Maere: Ah oui, tout à fait), on est bien plus haut.

Charles-Louis de Maere: [00:14:39] Oui, et quand je fais des ateliers à ce niveau-là au niveau stratégique (Michel Godart: C’est dans la gouvernance). Mais oui, mais en fait ça va à tous les niveaux.

Michel Godart: [00:14:45] Mais est ce que justement il ne faut pas commencer par la gouvernance avant en bas, ou en bas avant en haut? Est-ce qu’il y a encore une hiérarchie ou est-ce qu’on commence par le haut?

Charles-Louis de Maere: [00:14:51] Ça dépend ce qu’on veut atteindre comme objectif. Et ça c’est ma réponse, alors ce n’est pas une réponse de consultant, c’est si ton objectif c’est de fluidifier la communication dans l’entreprise, et bien ok d’abord ça peut être intéressant d’aller voir où est-ce que ça coince (Michel Godart: Sur le terrain) et puis d’aller voir avec les personnes pour qui ça coince. Ou alors ça pourrait être, justement, faire un atelier avec des personnes de différents niveaux de la hiérarchie et de les faire discuter sur: comment, eux, vivent la communication entre eux et puis de sortir avec une histoire collectivisée de ça aussi. Donc quand je dis ça dépend, ce n’est pas un vrai « ça dépend » parce qu’en fait, les activités que je choisis, donc on n’est plus nécessairement dans la narration collective, mais les activités que je choisis sont toujours au service de l’objectif et de l’intention de départ.

Michel Godart: [00:15:31] Il faut garder le focus sur l’intention de départ (Charles-Louis de Maere: Ouais) d’accord.

Charles-Louis de Maere: [00:15:33] Ce n’est pas « Oh tiens, allons faire un atelier de narration collective », si c’est juste pour le faire pour le fun, ben oui ce sera fun.

Michel Godart: [00:15:39] Il y a d’autres freins qui existent?

Charles-Louis de Maere: [00:15:40] Je dirais oui, il y a certainement plein d’autres freins. Maintenant, je ne les vois pas, ou je ne les connais pas. Après, ce que je pourrais conseiller aux gens qui veulent se lancer là-dedans, alors il y a toujours me contacter. Mais l’autre truc, c’est explorer un peu ce qui se fait autour de l’impro et du théâtre d’impro. Mais là on est plus dans les techniques de facilitation. Pour rebondir sur ce qui se passe, je reprends un exemple, tu m’avais demandé encore un autre exemple. Il y a quelques mois, une organisation m’avait appelé pour faire un atelier de planification trimestrielle, ils voulaient faire leur planification, je dis « OK, voilà les personnes qu’il me faut dans la salle ». Donc ces personnes étaient là dans la salle, et puis au début je les fais un peu parler, « Qu’est-ce que vous attendez de cet atelier » en mode discussion, enfin narration collective? Et puis, après trois rounds, et donc chaque round c’était trois minutes hein? Donc en gros, après une dizaine de minutes, je dis « Ok, maintenant, par rapport à tout ce que vous avez entendu, qu’est ce qui est important de remettre au collectif ici? Qu’est-ce qui est important de dire pour tous vos collègues ». Ils étaient une vingtaine hein? Et alors j’entends des « Ah! Il faut absolument planifier » et puis j’entends des « En fait, notre rôle n’est pas clair » et j’entends pas mal de trucs « Ouais, il faut clarifier ». Alors là on avait 3 h d’atelier, je dis « Écoutez, on a déjà une quinzaine de minutes qui sont passées maintenant, on ne pourra pas faire les deux », tout le monde était assis et puis je dis « OK, comme je sais que le titre de l’atelier c’était planification », moi ce que je voulais c’était faire émerger ce qui était vraiment important pour le groupe parce que s’ils ne sont pas prêts à planifier ça ne sert à rien de planifier. Et donc j’ai dit « Toutes les personnes qui pensent qu’il faut clarifier, levez-vous au coup de sifflet. Trois, deux, un coup de sifflet, hop! ». Sur les 20 personnes, quatre sont restées assises, dont le directeur de l’informatique (Michel Godart: Le message est clair) et là, voilà. Et donc tu parlais tout à l’heure de « Ouais mais les gens introvertis, les gens machin », en fait, ce qui se passe c’est que là, quand t’entends que de toute façon c’est ce qui se dit, bah tu te lèves en fait.

Michel Godart: [00:17:28] Et en plus tu as un moyen sans communiquer de communiquer (Charles-Louis de Maere: Oui). Cette image du lever c’est aussi une belle forme de narration (Charles-Louis de Maere: Oui). Est-ce qu’il faut finalement une compétence spécifique pour être à même d’être un bon orateur?

Charles-Louis de Maere: [00:17:38] Alors, un bon narrateur en fait (Michel Godart: On touche les compétences à un moment donné). Oui, et dans mon cas, quand j’anime ce genre d’atelier, je ne narre pas, je ne suis pas narrateur, c’est les intervenantes et intervenants qui narrent. L’atelier est tellement beau dans sa simplicité que je ne dois pas leur dire « Attention, écoutez bien ce que dit votre partenaire parce que vous allez devoir le répéter après »

Michel Godart: [00:17:59] Á part une entreprise, une petite PME où la seule personne qui la dirige est, il n’a un seul employé c’est lui, c’est le patron tout seul. Je crois que toutes les entreprises rentrent dans le contexte de ton travail, non? (Charles-Louis de Maere: Ben oui), aucune entreprise n’échappe, aucun secteur (Charles-Louis de Maere: Non). On devrait le recommander à tout le monde!

Charles-Louis de Maere: [00:18:10] C’est ce qui m’a mis par hasard dans les ONG, c’est ce qui me fait travailler par hasard dans les hôpitaux alors que j’ai aucun historique

Michel Godart: [00:18:15] Les évolutions futures de ton travail, tu les vois comment? Par rapport à ce qui se passe?

Charles-Louis de Maere: [00:18:19] Mais par rapport à ce qui se passe en fait, moi je vois que j’interviens de plus en plus sporadiquement sur des ateliers spécifiques, là où avant j’étais assez souvent, soit en tant que coach agile dans des organisations. En fait, d’ailleurs, un des plus beaux cadeaux qu’une boîte pour qui j’avais travaillé en tant que consultant jusqu’en octobre 2020 m’a fait en fait, ils m’ont dit « Charles-Louis, on adore ton travail et on va arrêter ton contrat ». J’ai fait « Ah…Ah tiens, c’est rigolo ça! » Et en fait ils m’ont dit « Mais on s’est rendu compte qu’on a formé pas mal de gens au scrums et tout ça et machin. Mais quand on voit ce que toi tu fais et quand on voit ce que eux font, il nous manque cette compétence de facilitation. Est-ce que du coup tu serais d’accord de nous former, enfin en tout cas de faire un mandat de formation, pour nos Scrum master machin, tout ça… Pour qu’il puisse justement acquérir ses compétences? »

Michel Godart: [00:19:11] Le message était clair voilà.

Charles-Louis de Maere: [00:19:12] Voilà. Du coup maintenant j’interviens beaucoup plus là-dessus et c’était magnifique quand ils sont venus parce que je leur ai dit « Vous vous doutez bien que ce ne sera pas deux jours de formation ». Ils ont dit « Non, non, on se doute bien et on est bien content que ce ne soit pas ça que tu nous proposes parce que du coup, on fait un parcours de formation sur plusieurs mois (Michel Godart: Ben oui), avec de la pratique, avec du retour sur comment ça s’est passé tout ça ». Et puis ils ne m’ont pas demandé un cahier de charges précis, ils m’ont dit « En fait, on va travailler sur une intention particulière et l’intention est: on voudrait que les participants à la sortie du parcours soient capables de créer leurs propres ateliers ».

Michel Godart: [00:19:42] Super! Il y a un site internet où on peut trouver des infos à ton sujet?

Charles-Louis de Maere: [00:19:45] Oui donc me contacter c’est sur LinkedIn. Sinon, il y a un site Internet où se retrouvent mes formations, alors c’est Exploration-Labs.com. Il n’y a pas grand-chose, ça ne parle pas de moi, mais c’est juste mes prochaines formations, entre-autres en facilitation graphique et storytelling et tout ça

Michel Godart: [00:19:59] J’ai un truc génial à te proposer (Charles-Louis de Maere: Oh!). On va être dans la narration, dans l’émetteur et dans le récepteur, et on va voir si les gens ont bien écouté cette interview et s’ils ont bien compris. On va faire l’exercice en pratique, avec le podcast, je t’explique: dans le texte qui présente ton podcast, il y aura un lien (Charles-Louis de Maere: Oui) vers un Voice mail vocal. Et donc les gens peuvent cliquer sur ce lien, parler, laisser un messages vocal, réécouter la qualité avant de l’envoyer, qu’on se soit quand même compréhensible, et faire envoyer, et mettre leur email (Charles-Louis de Maere: Ok), et dont moi j’ai les email et le lien. S’ils disent dans le message vocal, je veux bien qu’on partage ça sur le réseau, quand je mettrais le podcast en ligne, en commentaire, je mettrai le lien vers leur Voice mail et t’entendra la personne te parler (Charles-Louis de Maere: Ah génial), tu peux répondre de la même manière ou leur envoyer un mail. Et si la personne me dit dans le message « Je ne veux pas », ben évidemment je t’enverrais en privé, par mail, le message et le lien et tu pourras répondre en privé (Charles-Louis de Maere: Avec plaisir). Et donc, du coup, je propose une narration collective en dessous de ce podcast, en démo et en test. Je vous invite et je vous challenge à le faire passer au-dessus de vos peurs. Montrez nous qu’il y a moyen. Soyez agiles, Osez!

Charles-Louis de Maere: [00:20:54] J’ai hâte de vous entendre.

Michel Godart: [00:20:54] Charles-Louis n’attend qu’une chose c’est vos messages. 1000 mercis pour ton temps et ta passion.

Charles-Louis de Maere: [00:20:58] Merci à toi.

Michel Godart: [00:20:59] Au revoir.

Charles-Louis de Maere: [00:20:59] Salut!

Via Blubrry :
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