Éric Decossaux

Podcast : Éric Decossaux on tour, des formations agiles et des approches culturelles spécifiques ?

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Vous êtes-vous déjà demandé comment les cultures d’entreprise varient d’un pays à l’autre et comment cela influence la manière dont les équipes travaillent ensemble ?

Dans cet épisode de notre podcast, Éric Decossaux, formateur en agilité, partage ses observations après avoir travaillé avec des équipes en Allemagne, en Roumanie et en Suède.

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Dès les premières minutes, Éric nous transporte dans ses rencontres avec des collègues d’outre-frontières, décrivant avec humour et perspicacité les différences culturelles qui ont marqué son parcours.
Du « German Sprint » allemand à la convivialité roumaine, en passant par l’efficacité suédoise, chaque pays offre un aperçu unique de sa culture professionnelle et de ses méthodes de travail.

Au fil de la conversation entre Éric et Norman Deschauwer, nous découvrons les subtilités des interactions quotidiennes, des attentes en matière de timing aux traditions alimentaires.
Mais ce n’est pas tout : les deux compères explorent également des sujets plus profonds, tels que l’égalité hommes-femmes héritée du communisme en Roumanie et la manière dont les parents concilient vie professionnelle et familiale dans différents pays européens.

Éric partage également ses réflexions sur l’importance du feedback dans les différentes cultures, ainsi que les leçons tirées de ses voyages pour son propre développement professionnel.
Avec une perspective riche en anecdotes et en observations, cet épisode offre non seulement un regard instructif sur les cultures d’entreprise européennes, mais aussi une réflexion sur la manière dont nous pouvons tous apprendre les uns des autres pour créer des équipes plus collaboratives et efficaces.

Que vous soyez passionné par la gestion interculturelle, l’agilité en entreprise ou simplement curieux de découvrir les coulisses du monde du travail à l’échelle mondiale, cet épisode est fait pour vous.
Alors, installez-vous confortablement et laissez-vous emporter par ce voyage captivant à travers les frontières de l’entreprise moderne.

[00:00:18] Introduction au podcast
[00:02:05] Quelles formations ?
[00:05:15] Quels pays ?
[00:07:12] La Suède et sa célèbre enseigne
[00:08:52] Des exemples qui ne parlent pas…
[00:11:44] Le « German Sprint »
[00:13:17] En Roumanie
[00:14:49] Parité homme-femme
[00:16:22] Relation parents-enfants, congés parentaux
[00:17:57] Une culture latine et proche du Français
[00:20:32] Les douze principes agiles, différences entre les pays
[00:22:35] En Allemagne
[00:24:39] Les formes de feedback
[00:27:05] Conclusions
[00:28:43] À refaire ?
[00:30:48] Clôture du podcast

Norman Deschauwer: [00:00:18] Bienvenue sur le podcast Pyxis, ou plus exactement « Pyxis – Le podcast », épisode un peu spécial aujourd’hui: un interne Pyxies, donc j’ai Éric avec moi.

Éric Decossaux: [00:00:29] Bonjour Norman.

Norman Deschauwer: [00:00:30] Bonjour Éric. Éric va nous parler de son petit tour d’Europe, tu as voyagé dans différents pays d’Europe. Pour la petite histoire, on travaille pour la même société, on est consultant pour une société belge, mais qui a des ramifications un peu partout en Europe. Je vais laisser évidemment Éric en parler mieux que moi. Ce qui va nous intéresser ici, c’est comment la même formation donnée sur quatre pays différents a eu des répercussions, ou en tout cas un impact différent, ou en tout cas sur toi, quel est le feedback que tu tires de tout ça?

Éric Decossaux: [00:01:09] ] Le point de départ de cette formation, ou de ces formations à aller donner à l’étranger, est un peu compliqué pour moi parce que certains déplacements nécessitaient qu’on prenne l’avion et je déteste prendre l’avion.

Norman Deschauwer: [00:01:21] Je pensais que tu adorais moi.

Éric Decossaux: [00:01:23] Donc au début, je m’étais dit « Ben moi, je vais aller faire les pays où on peut aller en voiture et je vais envoyer Norman dans les pays où on peut aller en avion ». Et puis, il y a deux réflexions qui me sont passées par la tête, alors c’est des réflexions personnelles, mais je trouve qu’en même temps ça montre bien ce côté prendre conscience de ce qu’on demande aux gens quand on les embarque dans de l’agilité ou du changement. La première, c’est que j’ai d’abord utilisé ma curiosité pour me dire « Tiens, mais j’ai quand même envie de savoir si c’est moi qui donne le même contenu de formation, donc le même contenu, le même formateur, dans des pays différents, est-ce que je vais observer une différence de comportement chez les participants? »

Norman Deschauwer: [00:02:05] C’était quoi comme formation?

Éric Decossaux: [00:02:07] C’est une formation générale de deux jours pour comprendre les bases de Agile, Scrum et Kanban. Et cette curiosité m’a servi de moteur, elle m’a permis de remplacer ma crainte par une autre sensation qui était la curiosité en me disant « Bon, j’y vais quand même. Et puis pour l’avion, on verra bien ». Et en même temps, on demande aux gens dans les formations de changer, de s’améliorer, quelque part de sortir de leur zone de confort, et je me disais « Mais c’est bien gentil, je suis l’externe dans l’entreprise, si ça ne se passe pas bien ici, je vais ailleurs. Je n’ai pas une pression folle, en tout cas nettement moindre que celle que eux peuvent avoir, si je ne suis même pas foutu moi-même de sortir de ma zone de confort pour prendre l’avion, est-ce que je suis légitime pour leur demander de sortir de leur zone de confort, même si ce n’est pas pour prendre l’avion, si c’est pour autre chose? » Les voyages en avion ne se sont pas tous bien passés, c’était pas forcément facile pour moi. Mais de nouveaux petits apprentissages qui peut être utilisé, par moi ou par d’autres, je me suis rendu compte que pendant les décollages, j’essayais d’être le plus calme possible, de respirer lentement, bref d’arrêter le temps et le mouvement, ce qui est exactement l’inverse de ce que l’avion va faire au décollage quelque part. Un superbe exemple de résistance personnelle au changement, j’étais bien quand l’avion ne roulait pas vite, j’étais bien quand on était au ras du sol. Et dans les derniers décollage que j’ai fait, j’ai expérimenté un truc qui consiste à essayer de tromper mon cerveau et de lui faire croire que je suis impatient qu’on accélère, et que ça ne va pas assez vite, et qu’on ne décolle pas assez vite, et que ça ne décolle pas assez fort. Et à ma grande surprise, le premier décollage quand j’ai fait ça m’a semblé très simple, très, je me suis dit « Tiens, aujourd’hui, ça ne bouge pas », alors que c’était jour de tempête en Belgique, j’étais en Allemagne, donc pas si loin que ça. Et puis j’ai essayé dans les deux trajets suivants, et pareil. La leçon que j’en tire, c’est que parfois le changement a l’air moins important quand on décide de le suivre plutôt que de résister, si je suis sur un toboggan et que je passe mon temps à mettre mes bras pour m’empêcher de descendre, ok, je descendrai pas vite, mais j’aurai mal partout. A titre individuel, c’est ce que je retiens le plus. Et en même temps, ça peut être une métaphore de n’importe qui qui a un peu peur de passer à l’agilité pourrait se dire « Bah finalement c’est un peu comme prendre l’avion quand on n’aime pas, qu’est-ce que je fais? Je freine ou j’essaye de suivre le mouvement sans trop freiner pour voir ce qui se passe, en faisant confiance à l’avion, au pilote, aux gens qui m’accompagnent et qui m’entourent? ».

Norman Deschauwer: [00:05:15] Ça me parle pas mal parce que, je pourrais le dire comme ça dans cette catégorie j’ai peur en avion, et comme toi je pense que c’est les phases de décollage qui sont les plus angoissantes. Parce que pour moi c’est plutôt par la perte de contrôle et le manque d’anticipation. Je vois pas, il n’y a pas de route, donc tu sais pas anticiper, il va tourner, il va encore monter, il va redresser… Et chaque changement, j’ai l’impression que je suis hyper sensible, il monte très fort, puis parfois il fait des virages, et puis à un moment il arrive à son altitude de croisière, donc il redresse et là j’ai l’impression de flotter dans mon siège et… Je sais pas, j’ai beau l’avoir vécu beaucoup de fois, je n’arrive pas à m’y faire. J’ai fait de l’hypnose et dans l’hypnose justement, la thérapeute, je sais pas comment on peut appeler ça, me disait de me projeter justement sur « Mais c’est quoi le bénéfice en fait de prendre l’avion »? Et je l’ai testé plusieurs fois en effet, ça m’a permis de m’apaiser, mais il n’y a rien à faire, rien qu’en parler en fait j’ai les mains moites, ça me parle à fond quoi. On va peut-être revenir sur ton voyage, tu as fait combien de pays et quels pays en fait?

Éric Decossaux: [00:06:45] J’étais en Allemagne, en Roumanie et en Suède. En passant par le Danemark, mais j’ai pas vu grand monde au Danemark. Bon, c’était pas une météo géniale, à aucun des endroits, donc il n’y avait pas ce côté vacances soleil, dépaysement. Pas qu’il n’y avait pas de dépaysement, mais pas un gros choc de ce point de vue-là.

Norman Deschauwer: [00:07:12] J’ai pu voir dans tes photos que tu avais compris d’où venaient les noms des meubles chez Ikea.

Éric Decossaux: [00:07:17] Oui, oui (Norman Deschauwer: En Suède) à un moment donné, dans le train entre le Danemark et la Suède, le train a fait quand même pas mal d’arrêts. Et à un moment donné, je ne sais pas pourquoi, je me suis dit « Mais puisque les articles de chez Ikea, il parait que c’est des noms de villes, je vais regarder si les noms des gares que je croise sont des articles dans le catalogue Ikea ». Et j’ai rigolé parce que la première ville où j’ai vérifié, c’était un pied de luminaire de chez Ikea, donc c’était assez drôle. Dans les autres particularités comme ça c’est, si j’entends quelqu’un parler suédois, j’ai l’impression de ne rien comprendre du tout. Par contre, connaissant le néerlandais, je me suis rendue compte que je me débrouillais parfaitement en lisant les enseignes des magasins (Norman Deschauwer: Oui). En voyant les noms, ça ressemble à du néerlandais un peu modifié, même toilettes: TOALET, c’est assez facile à comprendre, même s’il n’y a pas les symboles. Il y a parfois des choses où on s’attend à des grosses différences et où finalement ça a l’air familier alors qu’on s’y attendait pas du tout. C’est même peut-être plus facile de comprendre Le suédois écrit que l’allemand écrit. Je trouvais que ça ressemblait plus à du néerlandais que l’allemand, qui était très différent. Je sais pas très bien lequel m’a paru le plus éloigné. La Roumanie ne m’a pas paru non plus extrêmement déroutante.

Norman Deschauwer: [00:08:50] Dans quel contexte?

Éric Decossaux: [00:08:52] La ville, j’ai un souvenir très, très, fort de la première fois que j’étais en Angleterre où tout a l’air pareil. Et tu veux t’asseoir dans un resto, ils ont un système de licence que quand les restos sont petits, tu peux pas t’asseoir où tu veux. Tu veux commander une bière, ça se passe pas comme chez nous, j’avais l’impression que l’Angleterre était bien plus inhabituelle que l’Allemagne, la Roumanie ou la Suède ne m’ont paru cette fois-ci. La curiosité sur les grosses différences n’a pas été tout à fait remplie de ce point de vue-là. Disons que les différences étaient beaucoup plus fines à trouver que ce à quoi je m’attendais. Finalement, elles sont surtout, donc quand on parle d’Agile et de Scrum, franchement je n’ai pas vu de différence dans les réactions des gens. J’ai l’habitude d’employer des exemples ou des métaphores, et il y en a qui ne fonctionnaient pas du tout (Norman Deschauwer: Ok, comme quoi?). Par exemple, pour parler de la dette technique, j’aime bien poser la question, en tout cas, quand je donne la formation en Belgique, j’aime bien poser la question par rapport à la fameuse fête que presque toutes les écoles font une fois par an. Ça se passe sur un Week end, les parents aident à préparer un repas et je demande toujours « Vous préférez aller le samedi ou le dimanche? », pour expliquer que, en général, le samedi matin la cuisine elle est propre, le dimanche, on sait pas dans quel état elle va être. Et bien ça n’est pas passé du tout comme exemple parce que apparemment, en Allemagne, en Roumanie et en Suède, les parents ne vont pas aider à faire une fête à l’école. Donc ils me regardaient avec des grands yeux, l’air de dire « Mais de quoi tu parles? Pourquoi est-ce qu’on irait faire ça à l’école? ». Donc c’était, voilà, j’essaie de projeter en disant « Et bien chez nous, trois petits points », mais ça n’avait pas du tout le même effet. D’habitude, quand je dis ça en Belgique, je vois les sourires qui commencent à apparaître par rapport à ça, les gens qui disent « Non moi j’y vais surtout pas » et ceux qui expliquent pourquoi ils préfèrent soit le samedi, soit le dimanche. Mais là, je ne fais pas de réaction du tout. Qu’est-ce que j’ai pu apprendre d’autre comme différence? Il y en a une qui m’a frappé dans chacun des pays, tu sais que j’aime bien faire des pauses qui ont des durées bizarres et des reprises bizarres, genre on fait une pause de onze minutes et on reprend à 10 h 43, en expliquant que ça permet d’éviter que les gens soient trop en retard. Donc ça je m’en souviens bien en Allemagne parce que quand j’ai donné une explication, ils m’ont regardé en… Ils croyaient que je blaguais en fait, ils m’ont dit « Mais c’est une blague? », « Tu dis 11 h 43, on revient à 11 h 43. Il n’y a pas besoin d’un truc ou d’une manipulation psychologique derrière », donc là j’ai appris la notion de la différence qu’il y avait entre « Time » et « German Time ». « German Time », c’est la minute qu’on a annoncée, peu importe si elle est bizarre ou pas.

Norman Deschauwer: [00:11:44] On était ensemble en Allemagne et on a aussi découvert le « German Sprint ». La durée du Sprint.

Éric Decossaux: [00:11:52] Et oui, alors ne m’en souviens pas ça, de ton « German sprint ».

Norman Deschauwer: [00:11:57] C’était dans le point où on discutait des « time box » (Éric Decossaux: Ok), que voilà on détermine que ça dure 40 minutes, deux semaines, dix jours, c’est dix jours (Éric Decossaux: Ah oui) et pas… Voilà!

Éric Decossaux: [00:12:06] Oui, c’est vrai qu’en Belgique on a souvent la question de « Et si on n’a pas fini, est ce qu’on rallonge? ». Chez eux ça n’avait pas l’air d’être un problème de leur expliquer qu’on ne rallongeait pas, c’était pas la peine de le préciser. En Roumanie, ce qui m’a frappé le plus, c’était: donc tu sais qu’on a des exercices qui mettent parfois les gens un peu en porte à faux pour créer une forme d’effet de surprise et de voir comment ils réagissent s’ils sont mis dans une situation inhabituelle. Ils étaient beaucoup plus suspicieux que les autres, j’avais à peine commencé, je sentais déjà qu’ils se méfiaient, c’est quoi le piège qu’il y a derrière dans la question? Donc le soir on a un petit peu discuté de « Est-ce que c’est un effet secondaire du communisme qui était passé par là? ». Alors c’était amusant et en même temps, je m’attendais à ce que ce soit plus difficile d’évoquer ce sujet-là. En fait, j’ai pas eu besoin de l’évoquer. Ils en ont parlé très librement (Norman Deschauwer: C’est Naturel) eux-mêmes, de reparler de cette époque-là.

Norman Deschauwer: [00:13:17] Tu m’as d’ailleurs partagé justement un point que tu as observé là-bas en particulier plus qu’ailleurs.

Éric Decossaux: [00:13:22] Oui, que j’ai observé et… En fait je ne l’avais pas observé, je ne l’avais pas vu. Mais dans une des discussions, justement, il y a une des participantes qui m’a dit, il y a quand même un point qu’elle retient comme bénéfique des traces du communisme, et c’était l’égalité hommes-femmes. Elle dit pendant toute une période, l’usine, l’armée, c’était pour les hommes et pour les femmes, il n’y avait pas à choisir et donc ça les étonne beaucoup moins. Et ce n’est qu’a posteriori que je me suis rendu compte que cette équipe-là, c’était celle qui comportait le plus de femmes de toutes celles que j’avais été voir. Ça c’était pour le côté inhabituel en Roumanie, et en Suède c’est le, le décalage horaire, pas au sens « Ils sont pas à la même heure qu’en Belgique », mais le décalage horaire dans les heures où ils travaillent (Norman Deschauwer: Ah oui). Dans l’équipe où j’étais c’est: si on partait après 15 h 30, il fallait s’organiser à l’avance, là il n’y avait que des hommes dans l’équipe où j’étais, mais a priori c’était normal que les papas aillent chercher les enfants à l’école à 15 h 30. Ça ne veut pas dire qu’ils bossent plus après, mais ils ont quand même tendance à commencer leur journée plus tôt que nous. Là, c’est plutôt 7h30 – 8h et 15h30 ça s’arrête. Ça, c’était les trois images marquantes, ou différentes, de ce qu’il y a chez nous et entre les équipes que j’ai pu observer.

Norman Deschauwer: [00:14:49] Ce que tu dis en Suède, ce serait aussi une forme de parité, d’équité entre l’homme et la femme?

Éric Decossaux: [00:14:54] Je l’ai pas vu comme ça, parce que je peux pas savoir ce que ce serait avec les femmes, mais je le voyais plus dans le « On laisse pas les enfants après l’école, à l’école » (Norman Deschauwer: Oui) il y a ce côté famille c’est, on va les chercher. Et pas le travail, l’organisation du travail fait que ça passe avant aller chercher les enfants à l’école. J’ai pas pensé à discuter de: est-ce qu’il y a des systèmes de garderie ou pas dans les écoles? J’ai pas abordé le sujet, j’ai pas eu le réflexe, mais ce serait intéressant à observer. Est-ce que c’est pas organisé parce que tout le monde trouve prioritaire d’aller les chercher, ou est-ce que chez nous c’est organisé parce que « Bah non, c’est d’abord le boulot, votre vie privée on verra après » ou? Voilà, je savais pas trop quelle différence il y avait par rapport à ça, avec un côté très, très, pour les trois pays, je pense que j’avais dû passer une journée de vacances en Allemagne et j’avais jamais été en Roumanie et en Suède, donc il était à peu près tous sur un pied d’égalité, je savais pas à quoi m’attendre. Je suis a priori pas un grand voyageur, certainement pas pour le travail. Est-ce que j’avais déjà quitté la Belgique pour mon travail? J’ai été une fois aux Pays-Bas en 30 ans, on peut dire que je suis pas un grand voyageur.

Norman Deschauwer: [00:16:22] Et, est-ce que tu as eu justement l’occasion de discuter avec eux de: la relation parents-enfants? Par exemple la durée du congé parental?

Éric Decossaux: [00:16:33] Non, on n’a pas abordé ce sujet-là. J’ai eu moins l’occasion de parler avec les Suédois, et c’est seulement maintenant que je me rends compte qu’il y a un lien, c’est que il n’y a qu’un seul soir où je suis resté avec eux et en me disant « Ben oui, les autres soirs ils ont été chercher leurs enfants (Norman Deschauwer: Oui, oui), ils sont rentrés chez eux ». Et donc on n’a plus parlé de ce qui s’était passé pendant la journée, qu’est-ce qu’il fallait faire pour le lendemain? On a parlé d’autres sujets mais j’ai un peu moins creusé. Maintenant que je dis ça, c’est probablement en Roumanie où j’ai discuté le plus d’autres choses que de l’entreprise, d’agilité, de l’organisation logistique de la journée. La porte paraissait plus facilement ouverte, j’ai pas forcément essayé de les ouvrir mais, il y avait un côté quelque part ambigu, je me rends compte, c’est d’un côté ils sont très suspicieux de ce qu’on peut leur dire et en même temps il y a une capacité à se livrer qui m’a semblé, sur le petit échantillon que j’ai eu, qui m’a semblé plus grande qu’en Allemagne ou en Suède.

Norman Deschauwer: [00:17:57] Pour compléter ça justement, moi j’ai aussi des collègues allemands dans une autre mission. Et en effet, tu en parles quand tu sais qu’il y a une différence en fait. Je sais qu’en Allemagne, les parents peuvent prendre un an, tu as un congé parental c’est un an. Quand la mère accouche, elle a droit à un an. Chez nous, c’est trois mois, enfin je ne sait plus c’est en nombre de semaines, et le père c’est dix jours, et il fut une époque où c’était trois jours, donc ça évolue. Et si j’ai bien compris, en Allemagne, donc la maman a un an, mais le père peut aussi, après cette année-là, prendre une année. Donc ils peuvent garder l’enfant deux ans à la maison, chez nous c’est impossible. Je pense qu’il y a des congés parentaux, mais si t’es en full time à la maison, t’as pas un an quoi. Il y a vraiment une avance à ce niveau-là, en tout cas du côté de l’Allemagne, les autres pays je ne sais pas mais… En effet, je pense qu’on a une relation avec l’enfance qui est un peu différente, alors qu’on est voisin, quasi. Et pour les Roumains, moi je les ai vus en fait quand ils sont venus lors d’un événement type « kick off » de projet. Et j’ai trouvé en effet que les Roumains étaient les plus festifs, je vais le dire comme ça, ils parlent beaucoup, ils s’intéressent à tout, je trouvais un côté un peu latin là-dedans.

Éric Decossaux: [00:19:32] Clairement, clairement. D’ailleurs, l’autre chose qui m’avait frappé, je suis arrivé au restaurant, je me suis dit « Bon, est-ce que je vais comprendre ce que je vais commander? ». J’avais des souvenirs que les Roumains sont très francophiles, mais les menus étaient traduits en français. Dans les restaurants où j’ai été, il y avait roumains, anglais, français mais je m’attendais pas à voir avoir le français dans l’histoire. Autre anecdote, maintenant que tu dis ça, avec leur côté suspicieux, parfois ils se méfiaient de la manière dont les exercices étaient formulés. Et donc je leur avais donné des exercices en anglais, mais certaines cartes étaient recto-verso français-anglais. Je voyais quand ils voulaient s’assurer que ils avaient bien compris l’anglais, ils retournaient (Norman Deschauwer: Ils regardaient en français) et ils regardaient le français, pour certains d’entre eux, en tout cas regarder le français pour vérifier s’ils avaient bien compris la consigne qu’il y avait à suivre..

Norman Deschauwer: [00:20:32] Je sais que dans la formation tu as un exercice avec les douze principes (Éric Decossaux: Oui), et que tu as noté des différences entre les pays, mais est-ce que c’est culturel ou est-ce que c’est juste?

Éric Decossaux: [00:20:42] Non, j’avais plus l’impression quand on quand on fait ce petit exercice-là qui consiste grosso modo à aller écrire sur une feuille, que chaque feuille représente un des principes du Manifeste agile, et c’est de simplement demander d’aller mettre un point de couleur différente suivant qu’on se sent prêt à aider les autres parce qu’on a l’impression de le maîtriser ou au contraire dans une autre couleur, de demander de l’aide. Chaque fois que je fais cet exercice, je vois des configurations, des différents points qui sont différentes d’équipes en équipes. Mais je n’ai pas noté de corrélation visible que je pourrais relier à la différence de culture entre les trois pays. Probablement que par rapport à l’exercice du timing, les Roumains avec leur côté latin, ressemblent plus aux Belges, ou en tout cas aux Belges francophones (Norman Deschauwer: Oui). Sur le côté, « Si on démarre à peu près à l’heure, c’est à dire pas trop en retard hein? » Parce que à peu près à l’heure, c’est rarement en avance en Belgique, c’est ce qui s’en faisait pas trop pour le timing. Les Allemands semblaient plus y mettre une forme de point d’honneur. En Suède, j’ai plutôt perçu: c’est comme ça, mais il n’y a pas besoin d’en parler.

Norman Deschauwer: [00:22:03] C’est un non-problème.

Éric Decossaux: [00:22:05] Oui, oui, c’est ça, c’est comme ça, c’est juste respecté mais il n’y a pas besoin de… Finalement, ça a l’air plus naturel, il n’y a pas besoin de rappeler qu’il faut faire l’effort et que ça doit être comme ça. Il n’y a pas ce côté un peu que je pourrais qualifier de militaire, tu vois? « On a dit cette heure-là. Alors, c’est cette heure-là » (Norman Deschauwer: Oui), l’une ou deux fois quelqu’un est revenu un peu plus tard mais, j’ai pas vu qu’on le regardait de travers, mais quand même ils essayaient chaque fois d’être bien à l’heure par rapport à ça.

Norman Deschauwer: [00:22:35] Je me rappelle qu’en Allemagne, c’était la première question du matin, c’est : « À quelle heure on va manger au soir? »

Éric Decossaux: [00:22:41] Ok.

Norman Deschauwer: [00:22:43] C’était : il fallait décider. En gros c’était du rétroplanning, c’est « Si on va manger à telle heure, ça veut dire qu’il faut terminer cette formation à telle heure, pour avoir le temps de retourner soit chez soi, à l’hôtel » Voilà. Et donc, voilà, c’était…

Éric Decossaux: [00:22:57] Maintenant que tu dis ça, ça réveille deux souvenirs. Effectivement, il y a une forme de « Qu’est-ce qu’on fait le soir? » et il y a aussi une forme d’efficacité dans l’organisation que j’ai retrouvée en Suède, mais dans une moindre mesure. C’est à dire « Qu’est-ce qu’on va commander pour le lunch de 12h? » et puis une fois qu’on a vu que ça plaisait à tout le monde c’est « Est-ce que ça dérange quelqu’un si on recommande le même lunch le lendemain, parce que ça va plus vite de le recommander? ». En Suède, c’était pareil, en Suède par contre je n’ai été qu’un soir avec eux. En Allemagne, je suis resté plus longtemps parce que j’ai enchaîné deux formations. Et là, il y avait le côté « À quel resto on va, à quelle heure? » et le… La journée ne démarrait pas tant qu’il n’y a pas quelqu’un qui savait quoi faire pour ça. Et on sait dès le matin qui ira chercher le lunch de 12h et voilà, et, oui effectivement, j’ai pas senti ça de la même manière en Suède, ça ressemblait plus à chez nous. On sait bien qu’on finira par avoir à manger! (Norman Deschauwer: C’est ça), ça on sait (Norman Deschauwer: L’espoir, on l’a), mais à quelle heure exactement et où on va commander? Au final, j’ai mangé partout hein? Donc toutes les méthodes fonctionnent !

Norman Deschauwer: [00:24:19] Avec ou sans stress.

Éric Decossaux: [00:24:20] Avec ou sans, oui enfin stress ça dépend comment c’est vécu parce que… Peut-être qu’en Allemagne le stress c’est quand on s’est pas décidé. Alors qu’en Belgique ou en Roumanie, le stress ce serait de devoir absolument décider avant qu’on commence. Ça dépend où on met le zéro du stress sur la carte.

Norman Deschauwer: [00:24:39] Par rapport au feedback, la forme du feedback, ou sur quoi ils t’ont donné du feedback, est-ce que tu as senti une différence, d’un pays à l’autre?

Éric Decossaux: [00:24:50] Ç Ça a été plus naturel de donner du feedback en Roumanie et en Suède qu’en Allemagne, m’a-t-il semblé. J’ai pas d’explication particulière, si ce n’est que, par rapport à ce qu’on vient de dire, je suis en train de me demander ben: quand c’est fini, c’est fini. Est-ce que c’est fini, est-ce qu’au moment où on commence à parler du feedback, c’est déjà fini même si on est encore dans le timing et qu’on est déjà ailleurs en train de se projeter de « Qu’est-ce qu’il faut encore faire avant qu’on aille au restaurant? ». Oui, la différence majeure, pour avoir été aux Pays-Bas faire des stages de néerlandais, je sais que plus on monte dans le Nord, plus on a tendance à manger tôt le soir. Et ben j’ai pas vécu ça, les Allemands mangeaient plutôt que les Suédois, et l’explication c’est que les Allemands vont manger après la fin de la journée et puis ils rentrent chez eux, alors que les suédois sont tous rentrés chez eux pour revenir manger après, pour avoir du temps en famille. En Roumanie, c’était plus varié, certains sont venus me guider dans la ville, d’autres m’ont retrouvé au restaurant après, avec aussi le temps de rentrer chez eux. Donc c’était un peu plus, peut-être aussi un côté « Tout le monde ne doit pas faire de la même manière, pas forcément tous ensemble ». Mais c’est moi qui extrapole hein? Je peux pas, c’est un échantillon très petit que j’ai pu voir cette fois-ci et forcément pas les fois d’avant, puisque c’est la première fois que j’allais dans ces pays-là. Mais, j’oserais miser sur le fait que ça ressemble à ça. Ceci dit, pour l’histoire du « German Time », entre temps je me suis retrouvé dans un autre groupe, dans une autre entreprise, en Belgique, avec des Allemands et des Belges. Et quand j’ai parlé en souriant du « German Time », ils m’ont regardé l’air bizarre avec l’air de dire « Mais on ne comprends pas ce que tu veux dire ». Donc peut-être que ça veut dire qu’il faut que je retourne en Allemagne pour vérifier si cette hypothèse du « German Time » était, était vraie.

Norman Deschauwer: [00:27:05] On va conclure, mais j’ai encore une question et demi. La première c’est qu’est-ce que tu en ressors? Finalement c’est quoi l’élément principal que tu en ressors? Et la deuxième, c’est; est-ce que tu vas poursuivre et si oui, tu vas où?

Éric Decossaux: [00:27:21] Ce que j’en ressort, c’est que la plupart d’entre eux étaient déjà venus en Belgique, mais j’avais eu très peu de contacts avec eux. Je m’étais retrouvé dans des réunions en ligne avec eux et la distance était là. Là maintenant le fait d’avoir passé du temps physiquement avec eux et avec un focus, non pas sur le côté très opérationnel au jour le jour, mais les ateliers, etc. Il y a une proximité qui s’est faite, Donc l’impression, quand je les vois maintenant, que je les connais depuis longtemps entre guillemets, alors que j’avais pas du tout cette sensation là avant. Ça me rappelle le principe agile qui dit « Il faut du face à face », si on ne fait que des trucs par écrit ou formels sans avoir le temps d’observer ce qu’on ressent, etc. Ouais on sent que ça a quand même de la valeur ajoutée, et ça en a partout, après j’ai jamais été donné ça en dehors de l’Europe. Peut-être qu’avec Pyxis Canada, ce serait de se dire « Tiens, et si j’allais donner le même atelier au Canada? Qu’est-ce que je verrais comme différence? »

Norman Deschauwer: [00:28:43] Est-ce que c’est la réponse à la deuxième question?

Éric Decossaux: [00:28:45] Ça pourrait être le début de la réponse à la deuxième question. Après, pour ces équipes là en particulier, j’avais un petit goût de trop peu avec la Roumanie. J’avais la sensation qu’il y avait moyen de creuser un peu plus avec eux. Il y avait un côté un peu plus, je sais pas si c’est plus demandeur mais, mais plus ouvert à continuer les choses avec eux, ça pourrait. En tout cas, il y a un truc qui a sauté, c’est que ça me paraît moins incongru, voire impensable de me dire « Ben non, je vais pas aller dans un autre pays pour le boulot, pour deux jours », pas que j’ai envie de partir toutes les semaines. Au final, je me suis rendu compte que c’était fatiguant, j’étais parti à peu près trois semaines sur cinq, chaque fois une semaine ailleurs, une semaine ici. Je peux imaginer qu’au bout d’un moment, ça fatigue de travailler comme ça. Mais il y avait une forme d’enthousiasme en le faisant, je ne ressens plus de frein particulier à recommencer. Maintenant, dans un grand avion, ne me demande pas de me larguer en parachute au-dessus du pays où je dois aller, ça ne va pas passer, je veux bien une certaine souplesse par rapport à sortir de ma zone de confort, mais pas m’éloigner trop de ma zone de… Faut que je continue à la voir à l’horizon là ma zone de confort sinon, sinon ça va pas. Mais chaque fois que j’observerai quelqu’un que j’ai l’impression de pousser hors de ça, j’essaierai de me remettre dans les tripes les mouvements de l’avion en me disant « Peut-être que c’est ça que lui sent en fait maintenant, même si pour moi ça paraît confortable, peut-être que pour lui c’est pas pareil? ». Donc ça me permettra d’être sûr d’allumer mon empathie (Norman Deschauwer: Oui) au bon moment. Avant le saut en parachute (Norman Deschauwer: C’est ça), je leur demanderai où sont équivalents.

Norman Deschauwer: [00:30:48] Eh bien, merci Éric. Je proposerai même qu’on appelle ce podcast « Éric on tour », il y aura une suite, probablement.

Éric Decossaux: [00:30:56] D’accord, Ok, tant que tu ne me parles pas déjà de ma tournée d’adieu, ça va.

Norman Deschauwer: [00:31:02] Non, non, non. C’est ta première tournée donc, ça va. Donc merci d’avoir écouté le podcast, n’hésitez pas à vous abonner. Vous avez toujours aussi la possibilité sur Vodio de nous laisser un message sur le répondeur. Si vous avez envie de laisser un petit message à Éric, soit vous le faites dans les commentaires, soit vous allez sur le répondeur Vodio. Et quant à moi, je vous souhaite une bonne suite, et à très vite.

Éric Decossaux: [00:31:25] Au revoir tout le monde! Et les messages évitez le roumain et le suédois, je ne suis pas encore assez fort. (Norman Deschauwer : Merci)

Via Blubrry :